En 48 heures à peine, 44 personnes perdaient la vie, près de deux millions de New-Yorkais étaient privés d’électricité et 6 500 patients devaient être évacués d’hôpitaux et de maisons de retraite.
La ville s’était alors fait une promesse : plus jamais ça.
Mais avec le changement climatique, l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes et la montée du niveau de la mer, cette promesse exige désormais des investissements considérables pour protéger le littoral.
Quatorze ans après le passage de Sandy, ONU Info s’est rendu sur l’un des principaux chantiers de cette stratégie, un projet de plusieurs milliards de dollars : le programme de résilience côtière de l’East Side (East Side Coastal Resiliency – ESCR).
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Ce qui se cache sous le parc
Au nord du pont de Williamsburg, une grue blanche décharge des bennes de remblais depuis une barge. La terre est ensuite acheminée vers les engins de chantier qui attendent sur la rive. Chargement après chargement, le parc de l’East River prend de la hauteur : par endroits, son niveau est relevé de près de trois mètres.
Ce parc constitue un maillon d’un vaste dispositif de protection contre les inondations, qui s’étend sur plus de cinq kilomètres le long de la côte est de Manhattan. Conçu après que Sandy eut submergé le quartier en 2012, le projet de résilience côtière de l’East Side, associé à un programme complémentaire de moindre ampleur plus au sud, représente un investissement total d’environ deux milliards de dollars. Objectif : protéger plus de 110 000 habitants.
« Toute cette zone a été inondée », rappelle Bobby Issac, commissaire adjoint chargé des travaux de résilience côtière au Département municipal de la conception et de la construction.
Lors du passage de Sandy, se souvient-il, les immeubles de logements sociaux situés derrière lui avaient été submergés jusqu’au premier étage. Leurs habitants ne pouvaient plus ni entrer ni sortir.
Une grande partie du dispositif de protection reste pourtant invisible aux promeneurs. Un mur anti-inondation serpente sous le parc réaménagé. Au bord de l’eau, des pieux remplis de béton s’enfoncent à une trentaine de mètres sous terre, dans des terrains gagnés sur la mer qui peuvent receler d’anciens quais, voire des épaves de navires.
« Ce que vous voyez en surface ne représente qu’un tiers de l’ensemble de la construction », explique Bobby Issac.
À l’approche d’une tempête, pas besoin de déplacer quoi que ce soit dans le parc. Ailleurs le long du front de mer, les équipes fermeront 18 vannes anti-inondation, en les faisant pivoter ou coulisser. Plus au sud, près de 100 barrières escamotables seront relevées. Le dispositif a également été conçu pour tenir compte d’une montée du niveau de la mer de 76 centimètres, précise-t-il.
Près de 90 % du dispositif est déjà installé. En attendant la fin des travaux, prévue en 2027, des barrières provisoires pourront être mises en place en quelques jours pour fermer les dernières brèches et empêcher l’eau de passer.
Au-delà de l’ouragan Sandy
Au-delà des pertes humaines, Sandy avait causé 19 milliards de dollars de dégâts, rappelle Kathryn Prybylski, commissaire adjointe du Bureau de la résilience côtière de la ville de New York, qui sera chargé de gérer les nouveaux murs et barrières.
« Les projets actuellement en cours de construction dans la ville constituent, en quelque sorte, une réponse à Sandy. Il est désormais grand temps de nous tourner vers l’avenir », souligne-t-elle.
Les données mondiales rendent cette anticipation d’autant plus urgente. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le rythme de l’élévation du niveau moyen de la mer à l’échelle mondiale a presque doublé depuis le début des observations satellitaires en 1993. Le réchauffement des océans contribue également à l’intensification des tempêtes tropicales.
Avec quelque 840 kilomètres de côtes, New York ne doit pas seulement se préparer à une nouvelle supertempête. La menace vient aussi de la montée progressive des marées, qui pourrait provoquer des inondations de plus en plus fréquentes.
Sans mesures de protection, de nombreux habitants risquent ainsi de voir leurs quartiers régulièrement submergés dans les prochaines décennies, avertit Kathryn Prybylski.
« Par « régulièrement », on peut entendre, selon les endroits, une, deux, voire dix fois par mois », explique-t-elle. À terme, certaines rues pourraient même être inondées quotidiennement par les marées, perturbant les déplacements des habitants, qu’ils se rendent au travail ou accompagnent leurs enfants à l’école.
La partie émergée d’une menace mondiale
New York est loin d’être la seule ville confrontée à cette menace.
Selon un récent rapport de l’ONU, près de 10 % de la population mondiale, soit environ 770 millions de personnes, vivent dans des zones côtières situées à moins de cinq mètres au-dessus du niveau de la marée haute. Ces populations sont particulièrement exposées à la montée des eaux.
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a averti que « les mégapoles de tous les continents subiront de graves conséquences » de ce phénomène, citant notamment New York.
« [Le projet de protection contre les inondations de New York] constitue une avancée louable. C’est également un message adressé à toutes les grandes métropoles », estime auprès d’ONU Info Navid Hanif, du Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DESA). « Ce que fait New York mérite d’être reconnu, apprécié et pris pour modèle ailleurs dans le monde ».
Si les villes à hauts revenus, comme New York, Miami ou Guangzhou, en Chine, doivent protéger des infrastructures souvent coûteuses, les conséquences pourraient être encore plus dramatiques pour les populations des grandes agglomérations de faible altitude en Asie du Sud, notamment Calcutta, Mumbai et Dhaka.
Dans cette région, plus de 14 millions de personnes risquent de perdre définitivement leur logement sous l’effet de la submersion marine. Dans le Pacifique, des communautés vivant aux Fidji, au Vanuatu, aux îles Salomon et dans d’autres territoires insulaires de faible altitude ont déjà été contraintes de se déplacer.
Face à la montée des eaux, le chantier new-yorkais illustre ainsi un défi qui dépasse largement les frontières de la ville : apprendre à vivre avec une mer qui ne cesse de gagner du terrain.